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Politiques agroalimentaires et la faim dans le monde

Politiques agroalimentaires et la faim dans le monde

Agrimonde-Haïti a pour mission d'informer les internautes sur les politiques agroalimentaires, l'énergie et le développement durable ainsi que les avancés scientifiques dans ces domaines. Il vise la diffusion des informations sur l’évolution de la sécurité alimentaire et former les opinions sur la faim dans le monde et sur tous les sujets connexes. Agrimonde a aussi pour mission de mener des actions concrètes visant a éradiquer la faim.

L’assurance indicielle, une réponse à la pauvreté des paysans haïtiens

L’instauration de l’assurance agricole indicielle qui est adaptée aux petits exploitants agricoles constituerait un outil important permettant de réduire les principaux obstacles qui les empêchent d’échapper au cercle vicieux de la pauvreté. 

L’assurance indicielle, une réponse à la pauvreté des paysans haïtiens
L’assurance indicielle, une réponse à la pauvreté des paysans haïtiens
L’assurance indicielle, une réponse à la pauvreté des paysans haïtiens

Longtemps, on a cru au paradoxe selon lequel Haïti est un pays essentiellement agricole. Si vraiment Haïti fut un pays essentiellement agricole, Paul et al. (2011) ont démontré qu’il ne l’est plus. Même si on ne peut pas totalement nier son poids en matière d’occupation de la population active, mais économiquement, le secteur agricole perd de plus en plus son importance et l’insécurité alimentaire atteint une large proportion de la population. Le secteur occupe plus de la moitié de la population alors qu’il fournit seulement un quart d’un PIB en lambeaux. Avec un PIB de 8, 713 milliards de dollars et d’un taux de croissance estimé à 2,7 % en 2014, Haïti est le pays le plus pauvre du continent américain. Selon la CNSA et le PAM plus de 3,5 millions d’haïtiens souffrent de la faim dont 1,5 millions sont en situation d’insécurité alimentaire (PAM, 2016). Pourtant, on ne cesse pas de clamer qu’Haïti est un pays essentiellement agricole. Les besoins en consommation alimentaire du pays « essentiellement agricole» sont assurés à 60 % par les importations. Pourquoi l’agriculture haïtienne n’est pas capable de satisfaire les besoins alimentaires du pays et participer raisonnablement à la lutte contre la pauvreté ?

Le dysfonctionnement institutionnel, l’insécurité foncière liée aux titres de propriété, la faillite des anciennes cultures de rente et l’incapacité des opérateurs à prendre avantage d’autres opportunités offertes, l’insuffisance ou l’absence, tout court, de crédit rural/agricole sont parmi les causes fréquemment énoncées. L’absence des assurances agricoles est rarement mentionnée alors que l’agriculture haïtienne est soumise à de nombreux risques. Selon le rapport de la banque mondiale sur la gestion des risques agricoles dans les caraïbes, « de nombreux pays caribéens sont très vulnérables aux catastrophes naturelles et sont sans défense contre les fluctuations des prix ». En effet, Haïti, caractérisé par une grande fragilité à cause de son exposition aux risques climatiques, sa sensibilité économique aux chocs exogènes et sa faible capacité d’adaptation, expose constamment le secteur agricole aux risques naturels ainsi qu’aux risques anthropiques. 

En 2008, plus de 200 millions de dollars américains de pertes agricoles ont été enregistrées suite au passage de quatre tempêtes tropicales (PAM, 2016), récemment en 2016 l’ouragan Matthew a occasionné des pertes agricoles estimées à plus de 580 millions de dollars américains (MARNDR, 2016).  Á chaque choc que subit le secteur agricole, les agriculteurs deviennent de plus en plus pauvres et sont incapables de réinvestir dans les exploitations agricoles. Par conséquent, il est observé un sous-investissement dans l’agriculture ainsi que de pertes des investissements passés dus aux chocs non assurés. Ainsi, les chocs non assurés entretiennent le cercle vicieux de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire. D’après Foka et Lise (2010), « le lien entre pauvreté et vulnérabilité se matérialise essentiellement par la fluctuation des revenus consécutive à des événements défavorables et imprévus ». Donc, la question de la gestion des risques agricoles se révèle un élément incontournable dans la lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire. 

Des démarches sont timidement entreprises en Haïti par certaines institution financières dont FONKOZE pour instaurer des contrats d’assurances classiques en Haïti n’ont jamais vu le jour jusqu’à date. La littérature révèle de nombreuses difficultés pour mettre en œuvre l’assurance agricole classique dans les pays en développement conduisant souvent à leur échec. Les coûts élevés associés à sa mise œuvre explique notamment les succès très limités imputés à l’assurance traditionnelle. Cette dernière est peut-être le principal responsable de l’absence d’assurance agricole dans l’agriculture haïtienne. Alternativement, est développée l’assurance indicielle, surnommée l’assurance climatique, qui présente une mise en œuvre plus facile et des coûts réduits et qui pourrait être considérer comme une possibilité d’instaurer des contrats d’assurance agricole en Haïti.

Contrairement à une assurance classique qui est incapable de rembourser tous les assurés et d’évaluer à temps tous les dommages dans le cas d’une grande catastrophe climatique comme la sécheresse, les inondations provoquant un grand nombre de sinistrés, l’assurance agricole indicielle est conçu pour répondre aux difficultés de la mise en œuvre de l’assurance traditionnelle, notamment des coûts élevés qui lui sont associés. (Chetaille et Lagrande, 2010). En effet, « l’assurance indicielle utilise des indices météorologiques, tels que l’humidité, la pluviométrie et la température, et collecte des données satellitaires pour anticiper et gérer le risque » (BM, 2017). Grâce aux recours à des indices, le remboursement de l’agriculteur est enclenché en fonction d’un indicateur objectif, fortement corrélé au rendement sans besoin de procéder à une évaluation des dommages comme dans le cas de l’assurance traditionnelle. Par exemple, si la pluviométrie est insuffisante, les producteurs reçoivent des primes de risque. Pour un mécanisme consistant par exemple à préfinancer des intrants, si la pluviométrie est insuffisante les producteurs ne remboursent pas le crédit d’intrant.  Selon Chetaille et  Lagrande (2010), les assureurs peuvent, grâce à l’utilisation d’indices, transférer leur risque à des réassureurs ou sur les marchés financiers. Ce faisant, l’assureur ne fait pas faillite même si beaucoup d’assurés sont simultanément sinistrés comme dans le cas des sécheresses et des inondations touchant simultanément une forte proportion des agriculteurs haïtiens.  

Ce type d’assurance a pour avantage d’assurer une stabilité de revenu aux agriculteurs et améliorer l’accès au crédit.  En effet, l’insuffisance de crédit agricole dans l’agriculture haïtienne résulterait dans une large mesure de l’absence d’assurance agricole. L’octroi du crédit par une institution financière à une entreprise ou un particulier dépend de la capacité financière présente et future du demandeur et des garanties offertes. Or en Haïti, les producteurs agricoles qui ont une capacité financière très précaire marquée par une fluctuation de revenu poussée et des évènements défavorables répétitifs ne peuvent fournir sans disposer d’une assurance agricole aucune garantie aux financiers. Les risques climatiques ainsi que les incertitudes qui entourent l’agriculture haïtienne rendent réfractaire les financiers à octroyer du crédit quant à la capacité financière des agriculteurs et aux garanties de remboursement.

L’instauration de l’assurance agricole indicielle qui est adaptée aux petits exploitants agricoles constituerait un outil important permettant de réduire les principaux obstacles qui les empêchent d’échapper au cercle vicieux de la pauvreté. 

Des expériences de mise en œuvre de l’assurance agricole indicielle réalisées en Inde, Éthiopie financées par la Banque mondiale ainsi qu’au Malawi et financées par Oxfam ont donné des résultats relativement satisfaisants. Près de 10 000 polices d’assurance ont été vendues aux petits agriculteurs indiens en 2008 et 1700 aux malawites en 2006 (Chetaille et Lagrande, 2010). Aujourd’hui plus de 30 millions d’agriculteurs indiens sont couverts par une assurance agricole. Même si elles ont montré que cet outil fonctionne généralement sur les cultures de rentes comme l’arachide, le café, le cacao, ces expériences s’avéraient efficaces en termes de stabilisation des revenus des agriculteurs pauvres et d’accessibilité aux crédits et l’augmentation de la production. En outre, l’expérience réalisée par l’État de l’Ethiopie permettant au plus pauvre de payer les primes d’assurance par le travail journalier gratuit dans un chantier a permis de fournir une police d’assurance agricole à environ 8 millions de petits agriculteurs éthiopiens non assurables par le système d’assurance classique.      

L’assurance indicielle n’est pas une recette miracle qui sans un ensemble de conditions participe à la lutte contre la pauvreté des agriculteurs et l’insécurité alimentaire. Des dispositions institutionnelles doivent être prises par exemple le renforcement des systèmes de collecte des données climatiques en termes de quantité, de qualité et de régularité. L’élaboration des indices adaptés à la situation climatique d’Haïti s’avérera cruciale. La sensibilisation et la formation des agriculteurs, l’intégration des assurances dans d’autres interventions de développement et une collaboration étroite entre les acteurs publics et privés sont autant de conditions favorables au succès de cette approche.   

Références

BM. (2017). L’assurance indicielle, ou comment protéger les agriculteurs du changement climatique ?

Chetaille, A., & Lagrande, D. (2010). L’assurance indicielle, une réponse face aux risques climatiques ? Inter-réseau développement rurale.

Foka, M., & Lise, J. (2010). La micro assurance outil de lutte contre la pauvreté : quelle performance sociale ?

MARNDR. (2016). Rapport d'evaluation rapide des pertes et dommages agricoles causés par l'ouragan Mattehw du 3 au 5 octobre 2016.

PAM. (2016). Haïti : le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire sévère a doublé en 6 mois à cause de la sécheresse et d’El Niño.

 

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