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Politiques agroalimentaires et la faim dans le monde

Politiques agroalimentaires et la faim dans le monde

Agrimonde-Haïti a pour mission d'informer les internautes sur les politiques agroalimentaires, l'énergie et le développement durable ainsi que les avancés scientifiques dans ces domaines. Il vise la diffusion des informations sur l’évolution de la sécurité alimentaire et former les opinions sur la faim dans le monde et sur tous les sujets connexes. Agrimonde a aussi pour mission de mener des actions concrètes visant a éradiquer la faim.

Comment les priorités agricoles pourraient aider Haïti

Comment les priorités agricoles pourraient aider Haïti

L'agriculture est la clé de voûte de l'économie haïtienne et l'une des priorités les plus importantes pour le nouveau président. Des millions d'Haïtiens dépendent de la terre et il semble donc logique de se demander comment développer l'économie rurale. Cette semaine, le projet de recherche Haïti Priorise publie trois nouveaux rapports de recherche. Ces rapports, ainsi qu’un document sur l'agroforesterie déjà disponible, fournissent des données supplémentaires sur les différentes approches pour améliorer l'agriculture en Haïti. Les recherches sont le fruit de tables rondes avec des membres du gouvernement, des leaders agricoles, des entreprises et la société civile, organisées dans le but d'identifier des défis et des solutions prometteuses. Cela fait partie d'un vaste projet demandant à des économistes d'examiner différents investissements et programmes en fonction de leurs coûts et de leurs avantages. Dans un mois, toutes les recherches seront étudiées par un éminent panel d'experts haïtiens, ainsi que par un forum de jeunes Haïtiens.

Il y a plusieurs semaines, nous avons discuté de l'agrosylviculture, une intervention visant à relier les agriculteurs haïtiens aux marchés du carbone et à diversifier leurs revenus en cultivant arbres et cultures ensemble. La recherche suggère que cela permettrait d’engendrer 3 gourdes d'avantages pour chaque gourde dépensée. Cette semaine, nous publierons des recherches sur les mérites de l'introduction de droits de douane agricoles, de subventions pour les engrais et d’assurances. Aujourd'hui, nous nous concentrons sur les initiatives conçues spécifiquement pour augmenter la productivité agricole. Le professeur Travis J. Lybbert de UC Davis et Abbie Turiansky de Mathematica Policy Research, tous deux chercheurs, ont étudié la production de riz dans la vallée de l'Artibonite, où 75 à 80% du riz est cultivé. Le rapport entre la production nationale de riz et sa consommation a été divisé par 5 depuis 1985. Ceci est dû à de nombreux défis bien connus, notamment des infrastructures médiocres, un accès limité aux technologies agricoles, des installations de séchage, de récolte et de stockage inadaptées et des systèmes de commercialisation mal gérés et inefficaces.

En 2012, une approche appelée « Système d'intensification du riz » ou SIR a été introduite chez certains agriculteurs de l'Artibonite. Au cours de la période 2014-16, des scientifiques ont examiné les résultats de près. Cela a éclairé la proposition des chercheurs. Le SIR a pour but de mettre à jour les pratiques des agriculteurs. Au lieu de transplanter des semis plus anciens, ils sont encouragés à transplanter des semis plus jeunes. Au lieu de planter les semis en les espaçant de manière aléatoire, ils les plantent maintenant en suivant un quadrillage. Et ils laissent leurs champs s’assécher périodiquement. Ces initiatives représentent un changement radical par rapport aux pratiques traditionnelles et vont à l’encontre de la sagesse ancestrale transmise sur des générations de riziculteurs, mais si elles sont suivies, elles conduisent à des rendements plus élevés. Sur la base de l'expérience de l'Artibonite, les chercheurs proposent la mise en place de parcelles de démonstration ainsi qu'un programme de formation et un support technique.

Une coordination entre les associations locales de l'irrigation et une expansion du crédit agricole seraient nécessaires afin que les coopératives de crédit puissent prêter directement aux agriculteurs. L'intervention financerait le dragage des canaux d'irrigation primaires par l'ODVA et fournirait des incitations financières aux fournisseurs de services de mototiller (tracteur à deux roues), car il y a trop peu de prestataires. Le SIR exige une main-d'œuvre intense et il s’agit par conséquent du poste de dépense le plus important, suivi de la préparation du sol, de l'engrais, de la récolte, de l’usinage et du transport. Il faut également ajouter le coût du soutien direct aux associations d'irrigation pour la coordination et la formation. Le coût total est d'environ 3,9 milliards de gourdes, soit 57 millions de dollars. Pour les agriculteurs ayant accès à une main-d'œuvre bon marché, le SIR génère des rendements et bénéfices plus élevés. Pour les autres agriculteurs, cela n’a pas autant d’importance d’un point de vue financier, mais les chercheurs indiquent que certaines pratiques agricoles sont encore susceptibles d’êtres améliorées.

Les chercheurs estiment que, globalement, l'intervention conduirait à une augmentation initiale du rendement de riz de 14%. En moyenne, cela signifie des bénéfices d'environ 23 000 gourdes (330 $) par hectare et par an. Cela semble être positif mais les coûts augmenteraient également. Les coûts de la main-d'œuvre, de la préparation des terres, des engrais et du transport sont plus élevés, et il faut encore y ajouter le coût de l’assistance technique. Pour chaque hectare, les coûts augmenteraient d'environ 30 000 gourdes (430 $). C'est pourquoi les chercheurs en ont conclu que le projet n’était pas rentable : les avantages pour Haïti seraient inférieurs aux sommes dépensées. Cela peut sembler surprenant, mais le SIR a de nombreux partisans. Bien que la situation globale ne soit pas positive, le SIR peut être justifié pour les agriculteurs ayant accès à une main-d'œuvre particulièrement bon marché. Il convient également de souligner que des configurations alternatives d'interventions du SIR pourraient être plus efficaces. Et certains éléments du SIR pourraient être bénéfiques en tant qu’interventions indépendantes. Par exemple, veiller à ce que l'ODVA entretienne les canaux et les drains engendrerait certainement des avantages supérieurs aux coûts. L'extension de l'accès au crédit agricole dans la vallée de l'Artibonite pourrait également avoir des impacts importants. Une des clés pour stimuler l'économie rurale d'Haïti est l'augmentation de la productivité agricole. Alors que la productivité du riz est parmi les plus basses d’Amérique latine, les rendements en maïs, riz et sorgho chutent depuis les années 1990.

La recherche et le développement agricoles peuvent améliorer les types de cultures cultivées afin qu'elles soient plus résistantes aux conditions locales et permettent d’identifier les pratiques qui augmenteraient les rendements. Malgré des tentatives sporadiques de création d’organismes de recherche, il n'y a pas eu d'investissement formel et cohérent dans le domaine de la recherche et du développement agricoles en Haïti. Les organisations étrangères ont beaucoup investi dans diverses activités avec peu de preuves d'avantages systémiques. Le Dr Subir Bairagi, un économiste agricole de l'Institut international de recherche sur le riz, examine l'impact qu’aurait la dépense de 1,7 milliard de gourdes (25 millions de dollars) chaque année pendant 20 ans pour créer un centre de recherche qui aiderait à transférer des technologies agricoles de pointe aux agriculteurs d'Haïti. Le Dr Bairagi estime que cet investissement entraînerait une augmentation des rendements d'environ 210% pour le maïs, 109% pour le riz et 104% pour le sorgho. L'augmentation de l'offre ferait baisser les prix du marché pour les consommateurs, mais pas de manière significative. La consommation augmenterait néanmoins. Les Haïtiens bénéficieraient d’une sécurité alimentaire légèrement supérieure.

Les avantages varient en fonction du nombre d'agriculteurs qui adoptent de nouvelles technologies. L'expérience dans d’autres pays montre que l'adoption d’une nouvelle technologie agricole prend généralement environ 15 à 20 ans pour atteindre son niveau maximum, qui varie entre 50% et 70%. Si 60% des agriculteurs d'Haïti adoptaient de nouvelles pratiques, cela signifierait que 100 gourdes dépensées engendreraient 140 gourdes d’avantages. Ce ne sont que deux investissements agricoles possibles. Cette semaine, nous publierons de nouvelles recherches axées sur les droits de douane, les assurances et les subventions des agriculteurs.

Source : Le Nouvelliste

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