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Politiques agroalimentaires et la faim dans le monde

Politiques agroalimentaires et la faim dans le monde

Agrimonde-Haïti a pour mission d'informer les internautes sur les politiques agroalimentaires, l'énergie et le développement durable ainsi que les avancés scientifiques dans ces domaines. Il vise la diffusion des informations sur l’évolution de la sécurité alimentaire et former les opinions sur la faim dans le monde et sur tous les sujets connexes. Agrimonde a aussi pour mission de mener des actions concrètes visant a éradiquer la faim.

Séisme du 12 janvier 2010, une opportunité ratée de la relance agricole

Séisme du 12 janvier 2010, une opportunité ratée de la relance agricole

Le secteur agricole haïtien est incapable de répondre à sa vocation primaire qui est de satisfaire la demande alimentaire alors qu’il emploie près de 50 % de la force de travail du pays. Ne serait-ce que pour le riz, la céréale la plus consommée en Haïti, 70 % de la consommation provient de l’étranger. La dernière performance en date du secteur agricole haïtien montre que le secteur agricole décroit en performance. Si deux ans après le séisme du 12 janvier 2010, la croissance du secteur était de 4,8 %, le secteur agricole haïtien a enregistré une croissance négative de -1,5 % en 2014 et -3,5 % en 2015 par rapport à 2012.

Cette situation aurait pu être différente si le secteur avait profité de l’opportunité de sa relance après le séisme du 12 janvier 2010. Comprendre l’opportunité ratée par le secteur agricole haïtien pour son développement ou tout au moins pour sa relance après le séisme du 12 janvier 2010 nécessite d’identifier d’abord des causes de son sous-développement

Les causes du retard du secteur agricole haïtien doivent se chercher dans l’historique même de la naissance de la nation haïtienne. Les stratégies de lutte violente conduisant à l’indépendance d’Haïti constituent une des raisons du sous-développement du secteur agricole. En effet, les plantations de canne à sucre qui représentaient à elles seules plus de la moitié (53%) des sources de revenus en produits agricoles d’exportation dont Saint-Domingue avait disposé au sommet de sa prospérité et qu’elle aurait léguées à la jeune nation furent  détruites par la stratégie incendiaire mise en œuvre pour combattre l’armée expéditionnaire.

La mauvaise gestion de la production et du patrimoine agricole peut être considérée comme une deuxième raison historique de la faiblesse du secteur agricole haïtien. La jeune nation disposait de peu de ressources humaines, de plus, les rares ressources humaines instruites pouvant faire une gestion éclairée de l’activité agricole ne s’étaient pas intéressées à l’agriculture, elles préféraient s’adonner à l’administration publique embryonnaire ou à la spéculation des denrées agricoles. Pour paraphraser Sébastien Hilaire (1992), la production proprement dite était abandonnée, avec ses risques, au savoir-faire rudimentaire des cultivateurs analphabètes et sans instruction aucune. La mauvaise gestion du patrimoine agricole a été observée dans le maintien erroné du statu quo de la conservation du patrimoine agricole pour le petit groupe d’anciens-libres et militaires haut gradés. Il est erroné du fait que contrairement aux colons français qui consentaient à investir constamment dans leurs exploitations et à les gérer de manière rationnelle, la nouvelle oligarchie pensaient que la seule propriété de la terre était suffisante pour assurer une source intarissable de richesse. Ainsi, elle voulait avoir pour elle le profit de tout le patrimoine agricole tout en se déchargeant de toute responsabilité dans le processus de production. Les cultivateurs non propriétaires qui travaillent la terre étaient et même encore aujourd’hui liés par des contrats d’allégeance (achat, affermage, métayage) envers les propriétaires absentéistes. Ces derniers sont confortés par un système administratif et judiciaire monté sur mesure à leurs avantages. Par exemple, il était interdit aux cultivateurs de tenir une boutique dans les campagnes. L’obligation était faite aux cultivateurs de vendre les productions aux spéculateurs à leur propre détriment. Ainsi, les cultivateurs ne sont pas capables de constituer de capitaux pour investir dans l’agriculture alors que les propriétaires détenteurs des capitaux n’investissement non plus dans le secteur.

En outre la mauvaise perception du milieu rural et la dévalorisation du travail agricole reste une raison non négligeable de la situation actuelle du secteur. En effet, historiquement les citadins considérèrent que l’environnement rural était une source intarissable de richesse une fois que les terres sont sarclées et semées. Ils pensaient que ces travaux étaient exclusivement l’affaire de gens sots, illettrés et frustes. Ce qui se traduisait par un évitement psychologique de l’agriculture. Les premiers projets de formation des agriculteurs ont échoué à cause de la dévalorisation du travail agricole, les parents des élèves admis prétendaient que les enfants ne devaient prendre aucune part aux travaux des champs.

Tout ceci a conduit graduellement mais surement au déclin du secteur agricole. La situation socio-économique précaire des paysans qui se voient méprisés et ne disposant pas de capitaux pour investir dans l’agriculture les contraint d’abandonner les campagnes et du coup l’agriculture à la recherche d’un revenu équitable dans les villes où se concentrent les principales activités économiques, d’où le phénomène de l’exode rurale débouchant sur l’épineux problème de bidonvilisation des villes. En fait, c'est l'un des grands problèmes de l'agriculture. Le phénomène d'exode rural s'explique par les difficultés inhérentes à l'exploitation agricole et les conditions particulièrement défavorables du travail agricole.

Sans être cynique, le séisme du 12 janvier 2010 représentait une très bonne opportunité de remettre en culture les terres abandonnées dans les campagnes et corollairement résoudre le problème de développement anarchique des villes. Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a eu pour conséquence immédiate de provoquer un exode de population de la zone urbaine de Port au Prince estimé à environ 600,000 personnes vers les zones rurales. La migration forcée des populations urbaines vers les villages n’aurait pas être possible sans prendre des mesures audacieuses au prix de grands sacrifices et de ressources dont le pays semble ne pas disposer. Alors qu’après le séisme, le déplacement des populations ne coutait rien à l’état, les autorités étatiques pouvaient profiter de ce déplacement « volontaire » des populations pour amorcer le véritable processus de la déconcentration des activités économiques dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince en créant des conditions favorables dans les milieux ruraux afin de les retenir. La création d’emploi compétitif à la suite de ce séisme dans les travaux à haute intensité de main-d’œuvre à court terme et le développement des infrastructures rurales de qualité (électricité, eau potable) à moyen et long termes dans les milieux ruraux tant dans le secteur agricole que dans les autres secteurs (santé, éducation, microfinance) retiendraient les populations urbaines déplacées vers les campagnes. Malheureusement cela ne semblait pas être le cas parce que, le milieu rural a été une fois de plus négligé. L’attention a été concentrée sur les milieux urbains ce qui avait pour effet de conduire rapidement au grand retour des populations qui s’étaient réfugiées dans les campagnes vers les centres urbains et à amplifier davantage la migration des populations rurales vers les villes. Ainsi, le secteur agricole, n’a pas pu profiter de la disposition de cette main-d’œuvre pour sa relance. Si ces populations ont été retenues dans les milieux ruraux une partie s’adonneraient à l’agriculture comme occupation primaire d’autres en feraient une activité secondaire, dans tous les cas le secteur agricole sortirait renforcé si les conditions climatiques sont bonnes. Même si souvent on évoque les conditions climatiques défavorables (cyclones, inondation) pour justifier les piètres performances du secteur agricole, durant les années 2014 et 2015 le pays était épargné de ces catastrophes majeurs mais la performance du secteur a plutôt baissé. Il apparait qu’il n’existe pas de plan ou s’il en existe nous ne sommes pas prêts à consentir les sacrifices nécessaires pour les réaliser et saisir les opportunités qui permettraient de les concrétiser.

La mauvaise gestion du secteur agricole a des conséquences sur tous les aspects de la vie nationale. Les choses ne peuvent continuer ainsi, sinon on choisirait d’échouer comme Diamond (2005) l’explique dans sa théorie selon laquelle des sociétés choisissent d’échouer alors qu’il y en a d’autres qui choisissent de réussir. Celles qui choisissent d’échouer ont épuisé leurs ressources naturelles et ont été incapables de reconnaître les moments, où des changements étaient devenus nécessaires à leur survie. Par contre, celles qui font le choix de réussir renversent leur paradigmes culturels et historiques, bousculent leur routine et prennent des mesures audacieuses pour assurer leur bien-être collectif. Il y a un adage qui dit les « bonnes opportunités ne se présentent qu’une seule fois » mais malgré que nous ayons raté une opportunité de relancer le secteur agricole, tout n’est pas perdu si les autorités décident de bousculer la routine et de prendre des mesures courageuses pour le bien-être de la population mais il faut toutefois admettre que cela aurait couté moins pour le pays si on avait su saisir l’opportunité d’après le 12 janvier 2010.

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