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Politiques agroalimentaires et la faim dans le monde

Politiques agroalimentaires et la faim dans le monde

Agrimonde-Haïti a pour mission d'informer les internautes sur les politiques agroalimentaires, l'énergie et le développement durable ainsi que les avancés scientifiques dans ces domaines. Il vise la diffusion des informations sur l’évolution de la sécurité alimentaire et former les opinions sur la faim dans le monde et sur tous les sujets connexes. Agrimonde a aussi pour mission de mener des actions concrètes visant a éradiquer la faim.

Du bois énergie aux combustibles fossiles en Haïti : la solution qui pose problème

On remarque depuis quelques années, surtout dans les pays développés, une émergence d’un discours misant sur une transition vers des ressources énergétiques renouvelables. Mais l’enjeu pour beaucoup de pays en développement semble avoir été la substitution de ressources fossiles à des ressources énergétiques traditionnelles (bois de chauffage, charbon de bois) (1). En Haïti, cette question est encore d’actualité dans un contexte de vulnérabilité environnementale extrême. Une cause généralement citée est la coupe intempestive des arbres pour la production de bois énergie, consommé principalement dans les villes d’Haïti. La promotion de réchauds améliorés et de brûleurs à propane auprès des ménages urbains qui sont les plus grands consommateurs de charbon de bois (à des fins de cuisson) a connu des résultats mitigés (2). Les coûts d’acquisition de ces équipements restent élevés. Des études révèlent pourtant que le gaz propane est, à la longue, moins coûteux que le charbon de bois vendu au détail (2). La nuance réside toutefois, pour un ménage à faible revenu, dans l’accès plus facile au charbon de bois, vendu en petites quantités à des prix relativement faibles. Beaucoup d’espoirs sont encore placés sur la substitution des combustibles fossiles, à efficacité énergétique plus élevée, au charbon de bois comme moyen de réduction de la pression sur les ressources ligneuses.

Une autre voie que l’un de nous (3) a investiguée récemment est la substitution de combustibles fossiles au bois énergie dans les boulangeries. Celles-ci sont les plus grandes consommatrices de bois énergie dans les villes d’Haïti après les ménages urbains. Après le constat de l’émergence de boulangeries utilisant des brûleurs au gaz propane liquéfié (gpl) ou au diesel plutôt que des brûleurs traditionnels au bois, l’étude cite plusieurs avantages qui peuvent motiver le choix des brûleurs au gpl ou au diesel. Les avantages non financiers repérés sont : une efficacité énergétique supérieure, un environnement plus sain et, pour la société en général, une économie de bois réduisant la pression sur les ressources ligneuses en amont. On a également relevé des avantages financiers se rapportant à une économie de main-d’œuvre et un coût énergétique relativement faible au niveau des boulangeries étudiées. En effet, le rendement énergétique du gpl et du diesel peut être, respectivement, de 35% et de 45% plus élevé par rapport au bois énergie. Toutefois, cette substitution peut impliquer une perte de revenus pour les ménages ruraux qui approvisionnent les boulangeries traditionnelles. De plus, il demeure un risque de réorientation de ces ménages vers la production du charbon de bois. Enfin, la substitution de combustibles fossiles importés au bois énergie est susceptible de détériorer davantage la balance commerciale d’Haïti qui est déjà déficitaire. Le pays est fortement dépendant de l’extérieur, notamment pour combler ses besoins pétroliers et alimentaires, alors qu’il exporte très peu (mangue, café, vétiver, etc.).

Avec du recul, il nous est apparu d’ailleurs que la promotion de la substitution des combustibles fossiles au bois énergie en Haïti a tendance à occulter les autres options, qui ne sont pas nécessairement moins pertinentes que le recours à l’énergie pétrolière. Les biocarburants liquides sont actuellement examinés en tant qu’élément d’une stratégie de gestion des bassins versants en Haïti (2). La production d’huile végétale pure et de biodiesel à base d’huile végétale a été identifiée comme une voie plus prometteuse en Haïti que celle du bioéthanol. Plusieurs limites majeures existent toutefois quant au financement de la transformation des huiles végétales et de la recherche sur les espèces adaptées présentes en Haïti (jatropha, palme, etc.). Comme la filière bois occupe déjà pas moins de 150 000 personnes et génère des ventes annuelles de plus de 80 000 000 usd (2), les possibilités de promouvoir un développement durable de cette filière doivent sérieusement être considérées pour faire du bois une ressource renouvelable et renouvelée. On pense par exemple à la possibilité de constituer de véritables « jardins de charbon de bois » ou des « lots boisés » utilisant des espèces à croissance rapide comme l’Acacia auriculiformis ainsi que la promotion de pratiques raisonnées de coupes. Cependant, la valeur actuelle nette de ces systèmes, négative dans les premières années, ne devient positive et élevée qu’à moyen terme. L’agroforesterie permettrait aux paysans vulnérables de gérer « le poids du court terme » grâce aux revenus provenant des cultures vivrières à cycle court. En revanche, la combustion du bois, à l’instar d’autres combustibles, libère des gaz toxiques et des particules fines pouvant nuire à la santé. Finalement, comme pays tropical, Haïti pourrait beaucoup apprendre de l’expérience de certains pays d’Afrique tels que le Burkina Faso et le Maroc dans l’utilisation de cuiseurs solaires.

Il est entendu qu’aucune des pistes évoquées n’est une panacée. D’ailleurs, la complexité sociale et économique du problème du bois énergie en Haïti doit être prise en compte pour éviter de répéter les échecs passés. Quoi qu’il en soit, dans le cas d’Haïti, l’impasse environnementale finira par imposer un changement d’approche aux acteurs. La question restera : quelle approche prioriser parmi celles qui se présentent ? Plus d’études devraient approfondir la pertinence des différentes options et les conditions de leur succès pour mieux orienter les interventions futures.

(1) Leach, G. 1992. The energy transition. Energy policy, 20(2), 116-123.

(2) Bannister, M., D’Agnes, H., Gossin, Y., Portnoff, M., Timyan, J., Tobias, S., et Toussaint, J. R. 2006. Vulnérabilité Environnementale en Haïti. USAID. 150.

(3) Dimanche, J. 2014. Effets de l’utilisation des brûleurs à propane et à diesel comme substitut au bois de feu par les boulangeries sur les ménages ruraux dépendant de la filière bois énergie en Haïti: Cas de la commune de Delmas. Mémoire. Université Quisqueya.

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